رواية شيء من بعيد ناداني للكاتب أحمد طايل، نصٌّ يسير على خيوط النداء الخفيّ المنبعث من عمق الذات، لا من الخارج فحسب، فيكشف عن توتر وجودي مستمر بين ما نعيشه وما نحلم به، بين ضجيج الحداثة وصمت الأصالة. يختار الكاتب صوت الراوي الذي لا يكتفي بالسرد، بل يتحوّل إلى كاشف نفسي، يسرد حنينه، وتيهه، واشتباكه مع الذكريات، كمن يمشي فوق حوافّ الزمان لا داخله.
العنوان في حد ذاته يحمل طاقة رمزية مشحونة: نداء غامض، لا يعرف مصدره ولا وجهته، لكنه نافذ، كصوت داخلي عتيق يشبه الحنين المستحيل إلى ما لم يُعش بالكامل. ذلك “الشيء” الذي ينادي ليس شيئًا مفردًا، بل هو مركب من رموز: الجد، العزبة، العرافة، البرديات، البيت القديم، وفتاة تُدعى “لوْزا” تبدو رمزًا لكل الأشياء الضائعة التي نعود إليها في لحظة انكسار.
السرد في الرواية ينهض على تقنية التناوب الزمني، لا يتبع خطًا مستقيمًا، بل يتنقّل بسلاسة بين مشاهد متقطعة، بين الذاكرة والراهن، بين القاهرة والمدن الأجنبية، بين حيّ الحسين ورائحة الخبيز، بين النبوءة واليقظة. هذا التقطيع الزمني لا يُربك القارئ، بل يدخله في نسيج الرواية ويجعله مشاركًا في استعادة النداء المجهول.
اما الشخصيات مشغولة بعناية سردية دقيقة، فالراوي ليس فقط حامل الحكاية بل حامل الوجع الجمعي، والمثقل بأسئلة الهوية والانتماء. لوْزا، الفتاة التي تتجلّى في النص كرمز مركّب، ليست محض حبيبة أو ذكرى، بل صورة للوطن المأمول، الوطن الطفولي، الوطن المتوهج في مخيلة المصريّ الذي وُلد ليعيش بين جدارين: واحد من الطين والحنين، وآخر من الأسمنت والعزلة.
والمكان في الرواية كائن حي، يُحاور الشخصيات، يربّت على أكتافها، ويوقظ فيها الروائح والذاكرة. كل مشهد مكانيّ مشحون بشعور، سواء كان بيت الجدّ في العزبة، أو الأزقّة المكتظة في الحسين، أو المقهى الشعبي، أو حتى زوايا البيت المهجور. تتكاثف الأمكنة وتتمازج حتى تصبح وطناً داخل الوطن، مرآة للذات الساردة.
وكانت الرموز في الرواية تنمو بهدوء: العرافة ليست مجرد امرأة عجوز تُبشر، بل هي الوعي القديم، الحكمة الموروثة، وجملة النبوءة التي تقال مرة وتظل تتردد حتى نهاية الحكاية. “الجلباب” الذي يصرّ الراوي على العودة إليه، هو استعارة للهوية الأصيلة التي لا تُختزل في ملبس بل في سلوك ورؤية وأخلاق. النداء نفسه يصبح رمزًا وجوديًا، يعبّر عن عطش الإنسان لما هو جوهري وخالص.
ترجمة المقال الى اللغة الفرنسية
“Quelque chose de loin m’a appelé” D’Ahmed TAYEL.
Par le Professeur Dr. Wissam Ali Al-Khalidi / IRAQ.
TRADUIT PAR: PR. SAADA HADHOUM
Le roman “Quelque chose de loin m’a appelé” d’Ahmed TAYEL s’érige comme une traversée intérieure, une errance de l’âme où l’appel ne résonne pas seulement depuis l’extérieur, mais émane d’une source intime, enfouie dans les replis du silence et de la mémoire. Ce murmure venu d’ailleurs agit comme une onde invisible, révélant une tension existentielle entre le vécu et le rêvé, entre le tumulte du monde moderne et la quête d’une authenticité perdue, cristallisée par un passé mythique. Le titre symbolise cet écho ancestral insaisissable qui invoque des fragments de sens – la sagesse du grand-père, la demeure ancienne, la figure lumineuse de Lawza – incarnant tout ce que l’homme contemporain a laissé derrière lui. L’œuvre s’érige ainsi en une profonde méditation poétique sur l’absence et la puissance continue de la voix intérieure.
Le roman se distingue par une structure narrative non linéaire, s’affranchissant de la chronologie traditionnelle pour privilégier un subtil entrelacement temporel. Cette technique fait constamment osciller le récit entre les souvenirs enfouis et le présent, et déplace l’action entre des lieux contrastés – du Caire aux villes occidentales, d’Al-Hussein aux visions oniriques – . Loin de semer la confusion, cette fragmentation engage activement le lecteur, l’invitant à devenir le complice de l’auteur pour rassembler les indices épars et reconstituer le sens profond d’une voix et d’une histoire qui se dévoilent par touches successives.
Les personnages du roman sont construits avec une maîtrise symbolique essentielle. Le narrateur n’est pas seulement un conteur, mais le miroir d’une blessure collective, obsédé par la quête d’identité et de racines perdues. Face à lui, Louza transcende son rôle de simple amante ou de souvenir personnel. Elle devient la métaphore centrale : elle incarne le pays désiré, celui de l’innocence originelle. Elle représente ainsi la terre incandescente de la mémoire, offrant un refuge idéalisé à l’Égyptien condamné à l’entre-deux de l’exil : entre un espace de nostalgie et de terre, et un autre fait de béton et d’éloignement.
L’espace dans le roman est bien plus qu’un décor : c’est un personnage actif et sensible. Chaque lieu (la maison ancestrale, Al-Hussein, le café) est saturé d’émotion, servant de puissant déclencheur de mémoire et de nostalgie pour les protagonistes. Ces lieux géographiques fusionnent et se transforment pour devenir une patrie intérieure psychique, offrant un miroir fidèle aux tourments et à la conscience du narrateur.
Le roman tisse sa signification à travers des symboles discrets mais fondamentaux. La voyante ne se contente pas de prédire ; elle incarne la mémoire vivante et la sagesse ancestrale, sa prophétie initiale servant de fil rouge narratif. Le jellaba transcende sa nature textile pour devenir l’emblème d’une posture éthique, une identité définie non par l’apparence mais par l’essence et la conduite. Quant à l’appel lui-même, il acquiert une portée métaphysique, symbolisant l’aspiration profonde de l’âme vers l’authenticité et l’originel. Ces motifs s’entrelacent organiquement, conférant au récit sa profondeur spirituelle et sa résonance identitaire.
Ce roman se caractérise par une écriture d’une grande finesse poétique, capable de toucher le lecteur avec une douceur presque imperceptible. Les phrases, courtes mais intensément chargées, glissent entre récit et réflexion, entre murmure intérieur et peinture sensible du monde. Cette manière d’écrire crée une proximité sincère, un lien discret mais profond qui unit le lecteur au texte.
Ce qui fait la singularité d’Ahmed Tayel, c’est sa faculté à dépasser le simple récit pour façonner un univers qui respire. Il insuffle vie à ses personnages, donne chair à ses lieux, rythme à ses rituels et profondeur à ses appels intérieurs. À travers cette construction minutieuse, le narrateur traverse une véritable mue : de l’individu en quête de soi, il devient une voix élargie, réceptacle d’une mémoire collective et reflet d’un peuple tout entier.
L’histoire se termine non pas sur un point final décisif, mais sur une réflexion kaléidoscopique. Nous sommes laissés face à un jeu de reflets où les frontières entre les personnages se brouillent, chacun renvoyant aux autres une image partielle d’eux-mêmes. L’appel lointain qui avait initié la quête du narrateur n’est plus une force extérieure ou inconnue ; au terme de son voyage, cet appel s’est pleinement intégré à son être. Il est devenu indissociable de sa conscience, de son monde intérieur et de la trame même de son existence.
Par conséquent, ce livre est bien plus qu’une simple évocation nostalgique du passé. Il s’agit d’une exhortation à chercher ce qui nous fonde, à renouer avec nos origines et à retrouver l’authenticité de notre identité, surtout lorsque celle-ci est menacée de se dissoudre dans le fracas de la vie urbaine, les dédales de l’expatriation et le poids de la distance.
On constate que le roman convoque l’Égypte à travers un système symbolique cohérent oscillant entre le fragmentaire et le global : la voyante, la maison, le grand-père, Louza, les amulettes, le papyrus, le Nil et le quartier d’al-Hussein. Ces éléments n’apparaissent pas comme de simples motifs esthétiques, mais comme des présences actives et vibrantes, adressant au lecteur le même message transmis au narrateur :
Reste fidèle à tes racines, préserve ton rêve et ne laisse pas l’appel intérieur s’éteindre dans tes profondeurs.
L’œuvre d’Ahmed Tayel, loin de se clore avec sa conclusion narrative, fonctionne comme un miroir existentiel, invitant le lecteur à l’introspection sur son identité et ses origines, le renvoyant à une version plus authentique de lui-même, fidèle à nos vérités intimes, et réveillant ce qui s’était éteint dans nos émotions. Ce n’est pas un simple récit personnel, mais une véritable épopée identitaire nationale, tissant les fils du souvenir et du désir égyptien.
Au cœur de cette quête, Louza se dresse comme un symbole pharaonique et tutélaire, conférant au lieu et au temps une signification majestueuse. En touchant le vrai pouls de l’Égypte, avec toutes ses contradictions et sa beauté, TAYEL transforme son roman “Quelque chose de loin m’a appelé” en un chant onirique et une prière secrète, qui résonne et perdure, refusant de s’éteindre.
Le roman d’Ahmed TAYEL, “Quelque chose de loin m’a appelé”, transcende la simple lecture pour devenir un voyage introspectif essentiel, forçant le lecteur à sonder les profondeurs de son identité et à renouer avec ses souvenirs les plus sacrés. Ce n’est pas une histoire refermée, mais un écho familier qui réveille les murmures des ancêtres, le poids des adieux paternels et les larmes maternelles, transformant le mot en un refuge où se rencontrent le désir et une réalité jugée trop étroite. En érigeant le récit en un pont invisible qui restaure l’intégrité spirituelle, TAYEL nous offre finalement l’Égypte de l’esprit, une patrie intérieure et inaltérable qui habite l’âme du lecteur, peu importe où ses pas le mènent.
” Quelque chose de loin m’a appelé ” transcende le genre romanesque pour s’imposer comme un véritable miroir existentiel de l’âme arabe, une quête incessante pour retrouver une essence perdue derrière les barrières de l’oubli et des souvenirs éclatés. Tissé d’émotions et de mémoire, ce roman ne se contente pas de relater des événements passés : il résonne en profondeur, remodelant notre perception de la vie et réveillant des interrogations fondamentales que le temps avait cru ensevelies.
Loin d’être un texte éphémère, l’œuvre d’Ahmed TAYEL devient un compagnon de vie qui s’installe en nous, tire l’indifférent de sa léthargie et s’adresse directement à l’exilé éternel : le salut et la compréhension résident uniquement dans un retour à soi, car c’est à l’intérieur que se révèle la véritable signification de cet appel lointain.